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Journal anonyme repêché sur les plages de du territoire insulaire de l'Ambre des Mers
Automne 4010
Aujourd'hui, alors que je parcourais les recueils de la petite, mais Ô combien accueillante, bibliothèque de la cité libre de Tyrimar, j'ai découvert, entre deux encyclopédies à l'allure vieillote, un court récit précédant la Grande Guerre et ayant été rédigé d'une main drakanne. Bien évidemment, aucun individu de cette race n'étant disponible pour éclairer mes interrogation -leur disparition s'était avérée véridique au cours des derniers mois-, j'ai dû me satisfaire des minces explications du texte en question.
Selon celui-ci, lors du conflit qui opposa le Natiris corrompu par les forces mystérieuses de l'interstice planaire aux forces unies de Teilia, des créatures parasitaires portant le nom de "Déchiqueteurs" envahirent le plan d'Aeltisis. Bien que la plupart de ces êtres furent éliminés lors des grands et mémorables batailles de Citria, Luk'Maar, Kar et Najar'Him, l'une d'entre elles, toujours selon le récit, échappa à l'extermination. Gavée d'énergie divine volée à Aeltisis elle-même, cette monstruosité, surnommée Haaeyr, parvînt à fuir le Natiris avant que celui-ci ne soit purifié. Selon les informations mises sur papier par l'auteur drakan, Haaeyr rôderait toujours sur Teilia, ne pouvant quitter notre plan.
Une sublime intuition effleura alors mon esprit : si l'existence de cette créature s'avérait vraie et si ses capacités de subtilisation d'énergie étaient aussi réelles, l'examen de celle-ci me permettrait probablement de répliquer ces dons inouïs. Je ne peux qu'à peine concevoir l'étendue des possibilités qui me serait alors offerte. Je dois rencontrer au cours des prochaines semaines certains de mes compatriotes archéologues du S.A.F.I.R. de Kar : ceux-ci sauront assurément me supporter dans mes démarches.
Hiver 4010
Étrange journée que voilà. Après avoir essauyé un refus officiel de la part des responsables du S.A.F.I.R. qui considèrent mon projet d'investigation comme précaire et peu fondé, deux membres de l'organisation m'ont proposé leur aide officieuse. Au cours des prochains mois, nous unirons donc nos fonds et nos talents afin de mettre sur pieds une expédition vers l'île désertique autrefois rattachée au territoire de l'Ambre des Mers. Désormais possession du peuple ophidiennes, il semblerait en effet, selon mes plus récentes recherches, que cette même île, malgré son sol regorgeant de ressources précieuses, n'ait jamais été exploitée ou colonisée par les envahisseurs ophidiennes (ces dernier y ayant aperçu "un souffle de néant", pour citer leurs propres mots). Le "souffle" étant apparu après le conflit contre les forces du Natiris, j'ai bonne impression que nous y trouverons des pistes de réponses dans notre quête d'Haeeyr.
Printemps 4011
Avec le dégel des glaces maritimes, nous pouvons enfin prendre la mer. Composée d'une douzaines d'explotateurs et matelots, en incluant mes deux collaborateurs et ma propre personne, l'expédition, après plusieurs mois d'organisation autant sur le plan diplomatique (avec les Ophidiennes) que militaire, est enfin prête à quitter le port de Kar. Selon nos prévisions, d'ici quelques jours -4 ou 5- nous devrions atteindre l'ancien port drakan.
[...]
Voilà maintenant près de six jours que nous avons levé l'ancre à Kar et l'île n'est guère encore en vue. Depuis trois jours, le vent semble avoir tournée subitement. L'eau potable commence à se faire de plus en plus rare et la pêche, sur laquelle nous fondions une partie de notre approvisionnementm s'avère fort infructueuse. Mes coéquipiers, ainsi que moi-même je dois l'avouer, semble se fatiguer de plus en plus. Un fardeau toujours plus lourd et accablant pèse sur nos épaules et il nous tarde d'atteindre notre objectif.
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Nous aurions dû rebrousser chemin pendant que nous le pouvions encore. C'est au soir du neuvième jour que nous avons accosté au port déserté de l'île. Devant nous s'étendait une plaine asséchée privée de toute vie...ou plutôt privée de toute existence. Non seulement la végétation est inexistante, mais même le sable me paraît vidé de toute réalité. Cependant, ceci n'est pas la pire de mes peines : divers matelots sont tombés malades depuis ce matin. Peu à peu, ceux-ci semblent s'éteindre...non pas mourir, mais être littéralement consumé par cette atmosphère désagréable...
[...]
Nous ne sommes plus que deux survivants. Cette nuit, en moins d'une heure, alors que nous étions allés cogner à la porte du bastion ophidienne, notre embarquation s'est volatilisée. Pire encore, ces misérables lézards refusent de nous laisser passer sur leurs terres, nous accusant d'être porteur du mal. À notre retour, nos compatriotes décédés, quant à eux, étaient disparus, comme s'ils avaient été avalés par le sable fin du désert. Pour ma part, je me sens lentement m'éteindre. Si au moins j'avais l'espoir d'un pardon et d'une vie paisible après ma mort, je serai réconforté...mais je me sens corrompu, dévoré de l'intérieur.
Je croyais craindre la mort, mais aujourd'hui je réalise sa banalité face à ce qui m'attend...ou plutôt ce qui ne m'attend pas. Je sens mon âme s'éteindre et être aspirée.
Le néant...
Auteur : Shu
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