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Sous la voûte obscure de l’entrée de la ville, un homme brisé, blessé de toutes parts et soutenu par deux chevaliers, entra dans la cité. Il fut aussitôt mené face au Tribun de Citria.
- Messire... Il reprit son souffle, posant une main contre son abdomen. Dans les fermes hors de la ville… Tous sont morts brûlés dans… la petite chapelle!
L’homme était toujours soutenu par les deux chevaliers, il avait grand mal à parler.
- Pardi! Comment cela s'est-il produit? Comment est-ce possible? Qui est l'auteur de cet acte barbare!
Le Tribun devait avoir près de cinquante ans, peu raffiné sauf peut-être en ce qui concernait les arts guerriers, il avait bon visage ainsi que de franches et rudes manières.
- Les Gorlaks... ! En prononçant ces paroles, il était possible de lire dans ses yeux une peur affreuse. On... On était tous résolus à se battre… fourches en main! Quand ils sont arrivés, en hurlant comme des bestiaux… Les femmes et les petits… Ils se sont enfermés dans la chapelle. Il reprit son souffle à nouveau. Ils ont tué tous les braves qui se battaient… Sauf moi… Ils m'ont laissé pour mort... et ils ont allumé le feu à la chapelle !
L’homme fondit en larmes, et tomba à genoux, bien que soutenu par les deux chevaliers. Il se souvenait de la scène, dans les moindres détails : Les Gorlaks avaient bloqué les portes et barricadé les deux petites fenêtres de la modeste chapelle, avant d’y mettre le feu. La porte se mit à flamber, répandant à l’intérieur des bouffées de fumée. La chapelle brûlait et personne n’en sortit. Il avait entendu les cris, les pleurs, les longs gémissements, puis soudain plus rien. La charpente céda dans un terrible craquement et des cris horrifiés se firent entendre, ceux de deux ou trois personnes qui avaient prolongé leurs vies sous la toiture.
- Partez informer le Roi de cette affaire et faites venir les ambassadeurs pour qu’ils se rendent chez ces sauvages. Jamais ils ne sont venus si près de Citria. Diantre! Ces êtres de bas rangs attaquent sans règles de bonne et due forme… Ils n’entendent rien aux usages et préceptes de la Guerre et c’est ce qui les rend redoutables… Il faut convenir d’un jour pour nous affronter, une fois pour toutes.
Le Tribun enrageait, il savait de par ses espions que les Gorlaks, suite à un événement particulier, s’étaient sentis investis d’une mission divine et que les différents clans s’étaient réunis sous une seule et unique bannière : Celle du clan Luk’Maar.
Avaient été envoyés pour les pourparlers, les chevaliers Alain de Keranrais, Guyon du Mivarte ainsi que l’écuyer Louys Gouyon. Ils avaient tous endossé les harnois plains. Dans l’épaisseur impénétrable de leurs écorces de fer, ils respiraient la force et l’honnêteté. La bannière de Citria au vent, les épées attachées sur les selles des chevaux et la pointe vers le ciel en signe de paix, ils se rendirent, confiants, vers les terres Gorlaks et entrèrent dans le sillon naturel de la montagne, étroit chemin qui menait au repère de leur ennemis.
- Putun les gars… Prunez vus haches ! Truoa arrivent !S’exclama un guerrier Gorlak.
Le cri d’alarme donné, tous prirent leurs armes et encerclèrent les trois hommes, et le guerrier repris.
- Il faut utre fou ou… Trus stupide pour venir nous dufier ici... !
- C’est au nom d’Odéon, Cilias des Hastanes qui vit et perpètre son règne depuis toujours, que nous avons pour...
Le Chevalier Alain de Keranrais était moult adulé à la cours du Roi pour son verbe et sa poésie, mais il s’était exprimé trop longuement, et avec trop d'hautaineté. Les Gorlaks n’entendant rien à ses propos ne lui laissèrent point terminer sa phrase et l’occirent d’un revers de hache. Le sort fut semblable pour ses deux compères, non pas sans qu'ils se soient essayé de se défendre, mais les Gorlaks étaient trop nombreux autour d'eux. Quant à leurs corps, eux, ils furent renvoyés à Citria sur leurs montures, mais privés de leurs têtes alors que chez les Gorlaks, tous étaient en liesse et riaient de la naïveté de ces pitoyables Hastanes !
Alors que le Royaume se préparait pour la guerre, convoquant la Légion, mais aussi tous les hommes de vingt à soixante ans, le peuple sauvage, lui, continuait ses forfaits sur les terres de Teilia, ne laissant dans leur sillage que d’infâmes boucheries, des boucheries capables d’ôter le cœur à un homme, même les plus adurés aux horreurs de la guerre… Quelle joie ils prenaient, ces Gorlaks, à voir des cœurs nus battre hors des poitrines de leurs victimes, ou encore à leur séparer la tête du buste.
Après quelques jours à préparer la guerre, les deux armées se retrouvèrent face à face dans une plaine, non loin de la croisée des chemins. Cet imminent péril provoquait dans les esprits une sorte de vertige, tous avaient soif de mouvement, de bataille, de vengeance. Les Hastanes avaient tout d’une armée justicière, le soleil miroitait sur leurs armures, ils étaient en bon arroi et avançaient doucement, mais fermement : Un lac d’acier qui semblait invincible. Les Gorlaks, eux, étaient organisés en plusieurs compagnies et leurs rangs étaient bien moins serrés de sorte que de loin, ils avaient l’air désordonnés et indisciplinés.
Cette fois, les Hastanes feraient eux aussi fit des introductions en bonne et due forme, puis le signal fut donné aux archers et arbalétriers, les sagettes et les carreaux firent vibrer l’air alors que les barbares s’élançaient sur les lignes fixes de l’armée justicière. Le heurt fut terrible et les combattants de la couronne Citrienne tinrent bon, repoussant la première et seconde vague, puis les Gorlaks reçurent un habile commandement de leur chef Arghat : Celui-ci ordonna aux deux extrémités de sa ligne de bataille de se réunir en se recourbant l'une vers l’autre en faisant toujours face à l’ennemi. La manœuvre ne porta pas ses fruits, mais permit tout de même une belle avancée.
Cela faisait déjà quelques heures qu’on s’entre-tuait à plaisir, le champ de bataille n’était plus qu’un bourbier infâme où régnait une odeur de mort, de tripailles sur lesquelles les hommes glissaient et le moral des Gorlaks faiblissait au fil des secondes, puis une trentaine de cavaliers téméraires surgirent au galop, la ventaille close et la lance raide, bien affûtée, prête a percer des corps. Quelques chevaux furent soulagés du poids de ces hommes en armure, mais la charge repoussa les sauvages qui commençaient à rompre les rangs, parfois même à fuir...
Les Hastanes reprenaient l’avantage et conscient de la défaite imminente, Arghat, le chef de cette horde de bêtes sauvages, grimpa sur un rocher. D’une main, il élevait bien haut une bannière, et de l’autre il agitait une hache munie d’une longue hampe et d’un fer large et lourd, une hache qu’il maniait avec une habileté diabolique et une férocité sans égale, on eut dit un ustensile de cuisine dans les mains de ce colosse. Ce Gorlak là était terrifiant, il était une sorte d’hercule. Il se mit à grogner comme un lion prêt a bondir puis entra dans le fleuve de fer, emporté par une frénésie meurtrière. On ne voyait autour du guerrier que des éclaboussures vermillons et parfois des membres volés au-dessus des têtes.
Les guerriers de la Horde, à la vue de tant de courage et de force retrouvèrent leur vigueur et mirent plus de cœur à l’ouvrage : La mêlée devint plus terrible encore. Arghat avait frayé parmis les Hastanes une voie large, sanglante, dans laquelle les Gorlaks s’engouffrèrent en brisant leurs lignes en plus de leur moral.
Puis enfin les combattants se raréfièrent... En défaveur des fils de Narshoul. On sonna la corne de retraite, le clan Luk’Maar se retira dans ses fortifications... Ils avaient perdu la guerre, de peu, mais ils avaient surtout perdu un chef hors du commun, un héro, une légende...
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