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Comme chacun le sait, un bon Nalkiri aime les femmes, et s'il y a une chose que les Nalkiris adorent par-dessus tout, ce sont les femelles en détresses qu'il faut secourir, non par esprit chevaleresque, mais surtout parce qu'ils aiment les sentir sous leur protection, les serrer contre eux et leur montrer comme ils sont forts.
Pourtant, les sages du village savent à quel point cette tendance chez les mâles Nalkiris peut se retourner contre eux.
Ils aiment raconter cette histoire à tous les mâles un peu trop présomptueux, ne cessant jamais de dire qu'ils sont en tous points supérieurs aux femelles.
Cette légende, qui est connue de toutes les femelles Nalkiris, débute après la création du village. En effet, le peuple venait de s'installer dans la plaine, en bordure de la plage protégée par les rochers pour construire ce qui est devenu le village de Kopef, tel que nous le connaissons.
Mais une fraîche nuit de fin de printemps, une mélopée se fit entendre, portée par le vent et accompagnée d'une fraîche odeur salée. Les hommes Nalkiris sortirent sans bruits de leurs lits, laissant leurs femelles dormir dans leurs tas de fourrures, car, chose étrange, seuls les hommes semblaient entendre cet envoûtant appel. On raconte que les mâles déambulaient, comme hypnotysés, en direction de la plage et même que certains étaient entrés dans l'eau.
Le lendemain, les femelles se réveillèrent seules dans leurs cabanes, et elles retrouvèrent leurs époux étendus sur le sable de la plage, inconscients.
Il fallut plusieurs heures pour tous les réveiller, tant leur état d'hypnose était intense. Mais ils ne se souvenaient de rien.
Les jours qui suivirent s'écoulèrent sans incident, et tout le remue-ménage qui avait été provoqué cette nuit-là commençait à s'estomper. Mais une oreille avisée aurait tôt fait de remarquer un fait étrange : les mâles avaient pris l'habitude de chanter et de siffler lorsqu'ils travaillaient ou jouaient ; mais le plus étrange était qu'ils fredonnaient tous le même air de musique...
Les femelles du village commencèrent à se poser des questions. D'autant plus que le phénomène se reproduisit plusieurs fois dans le cycle de lune. Les mâles n'en avaient jamais aucun souvenir, et, petit à petit, ils ne prêtaient même plus attention à leurs femelles.
Il est de notoriété publique qu'ignorer une femelle Nalkiri entraîne chez elles une grande colère, qu'un mâle avisé fera tout pour éviter.
Le phénomène devenait de plus en plus fréquent. Un soir, un groupe de femelles était resté sur la plage pour espionner les mâles, et comprendre leur attitude étrange. Elles aperçurent alors le corps d'une femme dévêtue dans la mer, en train de chanter de manière inaudible pour les oreilles féminines. Les mâles étaient en admiration devant une telle beauté, et contre leur gré, elle leur avait jeté un sort.
La femme de l'eau prit alors la parole, disant qu'elle allait choisir ce soir le mâle qu'elle voulait. Elle en désigna un robuste et beau garçon. Le mâle, envoûté, s'engouffra dans les abimes marins sous les yeux stupéfaits des espionnes.
On retrouva le corps de ce beau jeune homme le lendemain, dans un filet de pêche. son coeur avait été arraché.
La nuit suivante, le chant résonna de nouveau, mais cette fois-ci, quelque chose d'étrange se produisit : en plein été, les mâles se rendirent à la plage vêtus de grosse fourrures épaisses, tout autour du corps.
La sirène, ne prêta guère attention à ce détail, et elle reprit la parole : elle dit alors que cette nuit, elle allait choisir un nouveau mâle ; mais aussi un pour chacune de ses soeurs. A ce moment là, des dizaines de sirènes apparurent à la surface de l'eau.
Plusieurs mâles furent désignés, et ils s'engouffrèrent dans les eaux. Mais au dernier moment, ils se débarrassèrent de leurs fourrures, et les sirènes réalisèrent qu'elles étaient tombées dans un piège...
Les femelles du village avaient profité de la nuit pour ligoter leurs mâles dans leurs lits, et, recouvertes de fourrures afin de se camoufler, elles avaient pris leurs places, emportant avec elles toutes sortes d'armes, subtilement camouflées sous leurs fourrures.
On entendit les femmes hurler un cri d'assaut terrifiant, et, avant que les sirènes ne parviennent à s'enfuir, celles-ci furent massacrées par la rage des femelles.
Seule la sirène originelle réussit à leur échapper, menaçant de revenir se venger sur leur descendance.
On raconte que le village mangea du poisson pendant plusieurs mois après ce massacre.
Cette histoire devint légende, tout d'abord car cela apprend au mâle à avoir un peu plus d'humilité envers les femelles qui ont sauvé le village par le passé.
Dorénavant, si la sirène revient un jour, les villageois sauront quoi faire.
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